Interviews

Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /2007 17:38

L'idée me trottait dans la tête depuis déjà un bon moment, et comme toutes mes idées ont horreur du vide, il arrive un moment, où je décide avec succès ou pas, de les concrétiser.
A compter de demain donc je vais éditer ma première interview d'un acteur de la finance et des marchés. Vous le découvrirez demain mais sachez d'ores et déjà que c'est en dehors de sa grande expérience des marchés, un écrivain très intéressant, et qui détonne quelque peu dans le sombre paysage français de par la qualité de ses réflexions et la justesse de ses propos.

Vous avez jusqu'à demain matin pour essayer de trouver de qui je veux parler. Celui qui trouve gagnera une journée de trading en direct live sur Chat. Je blague je blague. Quoique.

Allez à demain
Et bon trading à tous

ZenT


 

 

 

Par Zenitud - Publié dans : Interviews
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Jeudi 11 octobre 2007 4 11 /10 /2007 08:20
C’est avec un grand plaisir que je lance une nouvelle série d’articles pour le blog. Il s’agit d’interviews d’acteurs du monde de la finance. On débute avec Thami Kabbaj, auteur de la « Psychologie des grands traders », aux Editions Eyrolles, acteur majeur dans le domaine du management, et qui lance une collection "bourse" avec l'ambition de produire des livres de qualité avec une véritable valeur ajoutée.

Livres-Psychologie-des-grands-traders.jpg

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zenT - 1 – Quel a été votre cursus universitaire et votre parcours professionnel ?
 
Thami Kabbaj - Je suis agrégé d'économie, titulaire d'un magistère et d'un DESS en finances de l'université de Paris II Assas et du diplôme de l'association britannique des analystes techniques (dont je suis assez fier puisque je suis l’un des premiers Français à l’avoir obtenu en 1999 à Londres). Mon parcours professionnel est assez varié puisque j'ai eu la chance de pratiquer plusieurs activités différentes dans le monde de la finance. J'ai exercé le métier d’analyste technique au sein de deux cabinets réputés, j'ai également été trésorier d'un grand groupe, trader au sein d'un hedge fund à Londres et trader pour compte propre sur le marché américain (Scalping sur le Nasdaq et les futures US). J'ai conseillé de nombreux traders et gérants de portefeuille de premier plan à Paris, Londres, etc.
 
 
Zent T - 2 – Comment a germé l’idée de ce livre ?
       Pourquoi un livre sur la psychologie des traders alors que la plupart des investisseurs sont à la recherche de la méthode « Graal »
 
T.K. - Vous avez raison de dire que la plupart des investisseurs sont à la recherche du Graal et ils ne réalisent que bien trop tard que le véritable Graal consiste à mieux maîtriser ses biais psychologiques et à en comprendre les déterminants. Lors de mon expérience professionnelle, j'ai été amené à rencontrer et à conseiller de nombreuses personnes extrêmement « compétentes », diplômées des meilleures écoles. Étonnamment, ces personnes semblaient totalement désemparées lorsque les marchés décalaient fortement. Avant d'intégrer le monde de la finance, j'imaginais les traders comme des personnes exceptionnelles et j'ai été fortement surpris lorsque j'ai constaté qu'ils n'étaient que des hommes… Ces traders extrêmement confiants (je pourrais même dire arrogants) du fait de leur formation et du prestige de leur fonction perdaient de leur superbe lorsqu'ils étaient chahutés par les marchés. J'ai donc réalisé que les marchés avaient le pouvoir de faire perdre la raison à la personne la plus objective qui soit.
 
J'ai toujours été extrêmement indépendant sur les marchés et j’ai toujours évité d'être influencé par l'opinion des autres opérateurs. Cette indépendance explique probablement mon « track record ». En effet, j'ai anticipé de nombreux krachs boursiers (krach de 1998, krach de mars 2000, le marché baissier qui a suivi les événements du 11 septembre, etc.). Pourtant, je me suis basé sur une méthodologie simple mais efficace et je ne disposais pas d'une information exclusive. Toutefois, des analystes et des traders bien plus expérimentés et travaillant dans la même salle de marché que moi, refusaient de croire que le marché était sur le point de se retourner et restaient haussiers malgré de nombreux signaux évidents. La plupart des opérateurs (analystes, gérants et traders) préfèrent tomber dans le piège de l'euphorie ou du pessimisme ambiant plutôt que de regarder en face la réalité du marché. Pour Sun Tzu, le principal ennemi est en nous et la victoire est à la portée de celui qui en prend conscience. Je fais partie des personnes qui ne croient pas dans l'indicateur magique et qui considèrent que le trader est à l'origine de son échec ou de sa réussite.
 
Enfin, malgré une bonne maîtrise de l'analyse technique, il m'est arrivé de commettre des erreurs grossières sur les marchés en opérant de manière frénétique et sans aucune rationalité. Je pouvais commencer une journée de manière très positive et la finir avec une perte conséquente. Ces expériences « douloureuses » m'ont permis de prendre conscience que le système de trading avait son importance mais qu'il était encore plus important de mieux comprendre la manière dont nos émotions guidaient notre décision et nous détournaient de cet état de rationalité parfaite.
 
 
3 – Après avoir écrit ce livre, pouvez-vous nous donner une ou plusieurs qualités essentielles, voire indispensables, pour réussir en trading ? Ou pensez-vous que tous les profils sont à même de réussir ?
 
T.K - A mon sens, la qualité la plus importante en trading est indéniablement la discipline. Le trading est une activité exigeante et le trader a tout intérêt à ne laisser aucune place au hasard. Le marché est là pour traquer nos faiblesses et si le trader n'est pas totalement concentré il risque de le payer cher. Cette discipline suppose de la part du trader qu’il développe un plan de trading solide avant d'aller sur les marchés, qu’il le suive à la lettre et qu'il étudie après la clôture des marchés toutes les positions prises à l'aide de son journal de trading.   
 
La deuxième qualité essentielle en trading est sans doute l'humilité et les bons traders ont appris à éliminer tout ego. Un bon trader ne cherche pas avoir raison ni à prouver aux autres que son point de vue était le bon. Il est avant tout un professionnel qui applique à la lettre son plan de trading et ne se laisse pas dissipé par des perturbations étrangères à son activité…
 
4 – De la même manière, quels défauts seraient lourdement handicapants, voire rédhibitoires, pour un trader souhaitant réussir dans ce métier ?
 
T.K - Les biais psychologiques développés dans mon livre ne sont que la conséquence de nos réponses quasi-mécaniques face à l'incertitude. Notre formation, notre éducation et la pensée dominante nous conditionnent à répondre de manière erronée face à certaines situations (biais cognitifs).
 
De même, Daniel Kahneman (biais émotionnels) montre que nous sommes naturellement enclins à prendre rapidement nos profits lorsque nous gagnons de l'argent et que nous refusons l'idée même de perdre et c'est sans doute pour cette raison que les traders laissent courir leurs pertes. Il s'agit de la réponse naturelle d'un individu en situation d'incertitude. Ainsi, nous ne sommes pas naturellement traders mais nous le devenons. L’apprenti trader doit donc opérer un changement radical dans sa manière d'appréhender les marchés car son refus de changer signe à coup sûr son échec. Ce changement requiert de la part du trader une volonté à toute épreuve et une discipline sans faille. En effet, le trader doit être capable de pratiquer son autocritique quotidiennement en acceptant de relever ses erreurs dans son journal de trading et de préciser la manière dont il compte les éliminer. De nombreux travaux de recherches montrent que les progrès en trading ne reposent pas sur une meilleure maîtrise des techniques d'analyse mais avant tout sur ce travail d'autocritique. 
 
5 – Le trading peut-il être un métier comme un autre ?
 
T.K - Oui le trading peut être considéré comme un métier et cela suppose de la part du trader qu’il accepte la nécessaire période d'apprentissage comme le médecin qui doit effectuer de longues études avant de pouvoir exercer. Il est possible de faire du trading son métier si on le considère comme une activité à part entière pour laquelle il faut acquérir des compétences spécifiques et développer une expertise sur une niche particulière. La maîtrise de la dimension psychologique doit d'ailleurs être considérée comme un élément clé dans la réussite du trader.
 
Les traders novices arrivent sur les marchés avec la sensation qu'ils seront capables de réaliser une performance largement supérieure à celle d'opérateurs plus aguerris. Ils sont victimes de l'excès de confiance (relevé par le chercheur américain Odean) et pensent qu'ils sont destinés à réussir. Après quelques lourdes pertes, ils se mettent à douter totalement de la possibilité de réussir sur les marchés puis se mettent à dénigrer le trading et expliquent à leur entourage qu'il est impossible de battre les marchés puisqu'ils sont manipulés...
 
Dans mon livre, je compare souvent le trader à un sportif de haut niveau. Bien évidemment, il existe différentes catégories de sportifs : les champions olympiques et les champions régionaux. Néanmoins, les personnes qui excellent dans un domaine sont avant tout des personnes passionnées. Je suis convaincu qu'un individu va donner le meilleur de lui-même s'il est passionné par son activité et sans passion, il est difficile d'endurer le long parcours qui mène vers l'excellence en trading.
 
 
 
6 – Comment analysez-vous ce monde de la finance, le milieu du trading en particulier, qui semble manquer de sérénité, et où l’on rencontre beaucoup d’excès ?
 
T.K. - Dans mon dernier livre « L'art du trading » je me suis penché sur cette problématique et j'ai tenté de répondre à la question suivante : « les marchés financiers sont-ils irrationnels ? »   
 
On se souvient tous de la célèbre formule d'Alan Greenspan « l'exubérance irrationnelle des marchés ». Pour moi le plus étonnant n'est pas l'exubérance en elle-même, qui est somme toute un phénomène récurrent comme les cycles économiques. Toutefois, les professionnels (analystes financiers, gérants de portefeuille, économistes de marché) interrogés manifestent souvent leur étonnement lors de la formation d'une bulle spéculative ou d'une panique boursière. Ces mêmes professionnels vont souvent justifier la volatilité par une certaine « irrationalité des marchés ». Ils peinent à comprendre les déterminants des cours boursiers et se cantonnent aux théories étudiées sur les bancs de l'université sur la supposée efficience des marchés et donnant la part belle à l'analyse fondamentale. De nombreuses personnes sont donc totalement désarçonnées lorsqu'elles débutent sur les marchés et ne comprennent pas pourquoi les théories qu'on leur martelait à l'université fonctionnent si mal dans les faits... Pour se rassurer, ils se mettent à parler d’irrationalité et d'exubérance.
 
Pour ma part, je considère l'irrationalité comme la norme et non l'exception. Dans les faits, l'histoire se répète même si les intervenants changent, et les phases de panique succèdent aux phrases d'euphorie. Le gros apport de la théorie financière moderne (finance comportementale et théorie des conventions) est d’avoir introduit pour la première fois la dimension psychologique pour expliquer les décalages si fréquents entre les cours boursiers et leur valeur fondamentale. En effet, tous les étudiants en finance de New York, Chicago et Paris ont été baignés dans la même culture fallacieuse de « l'efficience des marchés ». Le prix Nobel accordé en 2002 et Daniel Kahneman a donc fait le plus grand bien à la théorie financière et les professeurs qui enseignent la finance à l'université peuvent désormais parler des émotions des intervenants sans passer pour des apprentis sorciers. Néanmoins, je suis encore étonné par le manque de connaissance des universitaires sur la finance telle qu'elle est pratiquée sur les marchés (c'est d'ailleurs beaucoup moins le cas aux États-Unis où les liens sont beaucoup plus étroits entre le monde des praticiens et celui des universitaires). L'analyse technique, si populaire sur les marchés financiers est utilisée par la plupart des opérateurs (gérants de portefeuille et traders) est encore regardée comme une curiosité par les chercheurs.   
  
7 – Un dernier mot pour nos lecteurs…
 
Je te félicite pour cet excellent blog et j'ai été ravi d'y contribuer...
Bon trading à tous et surtout n'oubliez pas que tout est question de discipline…
 
ZenT - Thami, puisqu'on a fini notre entretien en se tutoyant, je voudrais te remercier de la rapidité avec laquelles tu as répondu à ma demande et à mes questions alors que je sais tu as un emploi de temps très chargé. 
Pour ceux qui souhaitent poursuivre, je vous conseilles les liens ci-dessous:


 
 
Deux videos où Thami Kabbaj expose ses idées et j'ai ajouté le lien de son blog dans la colonne de gauche
Par Zenitud - Publié dans : Interviews
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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /2007 10:25

Je suis tout particulièrement heureux que vous ayez accepté ma proposition de participer à une interview. Je vous suis depuis des années et j’apprécie tout particulièrement le travail que vous faites.

On ne vous présente plus. Mais vous qui faites remarquer « l’inculture française » en matière d’économie (exception française dont nous nous passerions bien), vous avez décidé d’agir en créant ACDE, puis dernièrement ACDEFI, premier cabinet de conseil économique et financier indépendant, http://www.acdefi.com/

  marctouati.png

Marc Touati - Je suis aujourd’hui complètement indépendant. Les entreprises apprécient car il n’y a plus aujourd’hui d’économistes indépendants, ils sont soit politisés, soit liés à des banques.

 

Aucun regret… ?

 

Marc Touati - Aucun bien au contraire, j’aime bien prendre des risques, quand j’ai crée la cellule économique à Natexis, on a commencé à trois, et fini à 15. Je suis parti dans de très bonnes conditions. Ça ne servait à rien de rester dans un milieu où je ne me serai pas épanoui. La liberté n’a pas de prix. Elle est exceptionnelle. J’ai eu d’autre propositions, mais aucune ne me garantissait ma liberté de parole.

 

Je vous comprend totalement car c’est pour cela aussi que j’ai choisi de pratiquer le trading en indépendant. La liberté n’a pas de prix en effet.

 

L’économie

 

Je considère, que la croissance mondiale était bipolaire (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest) et qu’elle est en train de devenir « tripolaire » (grand bloc Asie, Chine, Inde). Ce bouleversement a des implications qu’il est difficile d’évaluer et qui ne rentrent dans rien de ce que nous avons connu jusqu’à présent. Qu’en pensez-vous et comment voyez-vous l’évolution à venir du monde. ?

 

M.T. Depuis quinze ans, la seule locomotive de la croissance mondiale a été les Etats-Unis. L’Europe a été incapable de devenir cette locomotive. C’est un vrai échec pour l’europe. Non pas à cause de l’euro, mais parce qu’on a refusé de faire les réformes nécessaire. On a raté la révolution des NTIC alors que les Etats-Unis en ont bénéficié à plein, d’où l’écart de croissance entre les deux continents.. La croissance structurelle  en Europe était de 2.50% comme aux Etats-Unis en 1990, aujourd’hui elle est de 1.8% en zone euro contre 3.2% aux Etats-Unis.

Ils ont progressé et nous, on a moins crû voire régressé. L’autre grand enjeu, c’est que les pays émergents réalisent, chaque année, 60% de la croissance mondiale (1.7% sur les 5% provient de la Chine). Les deux locomotives sont maintenant la Chine et les Etats-Unis, La Chine devenant de plus en plus autonome.

La croissance mondiale va ralentir à environ 4.5% en 2007 et sera autour de 4.7% en 2008, moins bien que les 5.4% en 2006 mais une bonne performance tout de même.

 

Dans son dernier livre, Alan Greenspan, l’ancien président de la Fed durant près de vingt ans, parle des bulles financières en des termes que j’ai trouvé surprenant. Il confesse son impuissance et fait preuve de fatalisme. Partagez-vous son avis ? Et que pensez-vous en général de son livre si vous l’avez lu, ou de ce que vous avez pu en lire dans la presse spécialisée ?

 

M.T. - La spéculation, les bulles les krachs font partie de la vie des marchés. Imaginer un marché sans spéculation est impossible. La spéculation a une vertu qui est de limiter le risque, de supporter le risque pour ceux qui ne veulent pas en prendre.

Il y a des bulles et des krachs. Il faut comprendre que les bulles financières accompagnent toujours les révolutions technologiques. Comme celle qu’on a connu avec les NTIC. Le problème n’était pas Alan Greenspan, mais était qu’on ne savait pas valoriser les sociétés internet. Et depuis on voit bien que ce n’était pas une bulle Internet mais bien une réalité economique. C’est un passage obligé malheureusement. Greenspan a fait ce qu’il pouvait pour la réduire, d’ailleurs c’est lui qui l’a percé en faisant monter les taux à 6,5% en mai 2000. Le problème est peut être qu’il a péché par immodestie à propos de certaines erreurs. Mais sur l’ensemble de son exercice, depuis 1987, le bon l’emporte sur le mauvais notamment par rapport à ce qu’on a fait en Europe, que ce soit J.C.Trichet ou pas. En Europe on a une vision dogmatique alors que les Us ont une vision pragmatique.

 

Vous le répétez suffisamment pour que tout un chacun connaisse le « combat » qui vous oppose à la Banque Centrale Européenne (BCE), donc vous pourfendez, si je ne m’abuse, d’une part le manque de réactivité (contrairement à sa consoeur outre-atlantique), et d’autre part, le discours quasi hypnotique sur l’inflation et ses dangers. Quid de la croissance et donc de l’homme dans ce cas.

 

M.T. - La BCE appréhende très mal l’article de Maastricht qui lui donne pour objectif principal mais non pas unique de maîtriser l’inflation, d’assurer la stabilité des prix. La BCE peut soutenir la croissance si cela ne contrevient pas à l’objectif premier. Tout le problème vient d’une mauvaise interprétation du traité, et d’une vision trop dogmatique, trop monétariste alors qu’il faut avoir une vision beaucoup plus pragmatique de l’économie.

 

Le problème de la BCE n’est-il pas avant tout un problème politique ? Après tout, la BCE est « fille ainée » de la Bundesbank, fruit passionnée de relations franco-allemandes pas toujours tendres ?

 

M.T. - La création de l’Euro est une bonne chose, mais sa gouvernance ne l’est pas. On subit l’évolution du dollar et on ne contrôle pas celle de l’Euro. Les américains ont toutes les armes de politique économique (taux d’intérêt, armes budgétaires - de temps en temps ils ont une excédent public, et l’arme monétaire)

Nous, en Europe, nous n’avons pas d’arme monétaire car la BCE refuse de s'intéresser à la croissance. Pas d’arme budgétaire, car notamment en France, nous sommes en déficit depuis 30 ans, et nous subissons le change

Dire que l’Euro fort n’a pas de coût est fallacieux, car quand l’Euro s’apprécie de 12%, la croissance européenne baisse de 0.4 point sur une année, on peut dire « c’est pas grand chose » mais quand on part de 2%, « ça se voit tout de suite ».

De même penser que l’euro cher abaisse la facture pétrolière est une erreur. Car il y a une liaison inverse entre le dollar et le pétrole, lorsque le dollar est faible le pétrole est cher. Donc ce n’est pas un bon argument. Mais le pire c’est que l’euro fort réduit les prix importés, donc les producteurs qui restent nationaux, sont aussi impactés, car ils perdent des parts de marché au profit des produits nationaux.

La parité de l’eurodollar au regard des fondamentaux économiques devrait au pire être 1.20

 

Vous répondez aux questions avant que je vous les pose.

 

M.T. - Vos questions sont bien enchaînées, c’est pour ça

 

Merci.

L’Euro fort est certainement une erreur et je n’abonde pas dans le sens des déclarations de Jean-claude Trichet quand il prétend que ce sont les marchés qui font les prix. Les marchés sont justement à l’écoute de tous signaux de la BCE qui sifflerait la fin de la récréation. Mais rien ne vient, donc ils n’ont aucune raison de s’arrêter. Mais pour la France, cet Euro, tant décrié par nos politiques, n’est-il pas le seul rempart à des turbulences financières qui ne manqueraient pas de « s’abattre » sur nous, si nous n’avions pas la protection de l’Euro. Il y a là une ambiguïté de nos hommes politiques qui critiquent ce qui pour eux est d’un grand confort, un trop grand confort peut être même ?

 

M.T. - Si l'euro n'était pas là, le franc aurait été attaqué, la lire aussi. On aurait du monter les taux, donc la création de l’euro est une bonne chose.

Le change est une décision politique. D’abord l’ECOFIN qui se tait. Tout le problème est là. Et évidemment, il faudrait que la BCE baisse ses taux, elle ne l’a pas fait mais elle devrait le faire l’année prochaine avec le ralentissement de la croissance

 

Les marchés

 

Vous avez travaillé durant de longues années dans les salles de marchés. La plupart des lecteurs de ce blog sont des traders ou investisseurs.

 

M.T. - Oui oui bien sûr

 

Que pensez-vous du métier de trader ? Auriez-vous des conseils ou des remarques à leur prodiguer ?

 

M.T. - La finance est de plus en plus complexe. Ça vous le savait mieux que moi, elle est de plus en plus mathématisée. Il faut que les traders aient une vision économique, c’était mon métier, de donner aux traders et aux vendeurs une vison du monde. Le trader a le nez dans le guidon et ce qui est bien c’est qu’il prenne un peu de recul et qu’il ait cette vision du monde que l’on a évoqué à l’instant. C’est ce qui peut faire la différence ente un bon trader et un trader moyen. A fortiori s’il a une relation clientèle le client va le valoriser par rapport à ça.

 

Après quatre années de hausse ininterrompue pour les marchés actions, les marchés occidentaux (et tout particulièrement en europe), ont commencé à connaître des soubresauts. Je suis toujours surpris par l’étonnement des médias qui s’emparent de ces événements comme si les marchés devaient monter en ligne droite. Mais c’est un autre sujet. L’Amérique et l’Asie ont déjà battu de nouveaux records. La crise du « subprime » est-elle reléguée aux oubliettes ? Où faut-il s’attendre à voir quelques cadavres sortir du placard des banques courant 2008.

 

Marc Touati. - Clairement il y en aura un petit peu. L’activité va rester très forte, mais il faut absolument que la Fed baisse ses taux. Les profits vont ralentir avec le ralentissement économique mondial. Donc la marge de hausse des marchés n’est pas énorme, surtout aux Etats-Unis qui ont battu de nouveaux records historiques. . Nous somme encore en peu en retard en Europe, notamment le CAC40 qui devrait finir l’année autour des 6000 et être à 6500 dans un an. Par contre dès qu’on atteint 6200/6300 on commence à rentrer dans une bulle, la valorisation boursière devient trop élevée par rapport à la situation économique, donc ça devient dangereux, mais le propre de la bulle c’est de devenir encore plus extravagant. Donc on ne peut pas exclure encore une fois une très forte hausse, notamment avec un mouvement de fusions-acquistons sur les bancaires, bancaires ayant des PER encore très bas. Au final on devrait avoir une bonne orientation des marchés actions (certes moins bullish par rapport à ces dernières années) mais avec une  volatilité accrue.

 

Encore merci pour votre temps et vos réponses.

 

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Entretien téléphonique réalisé le 17/10 et nombreux échanges de mails pour finaliser l’interview. Je tiens à remercier très sincèrement Marc Touati pour son professionnalisme et sa disponibilité. Pour l’anecdote, le premier rendez-vous téléphonique a été raté (il m’avait prévenu) car Marc Touati avait un enregistrement à LCI (et ATBfinance n’a pas encore l’aura de LCI) et c’est lui qui m’a rappelé afin que nous puissions procéder à l’ITW.
Par Zenitud - Publié dans : Interviews
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /2007 10:03
ZenT -  Bonjour François, Bienvenue sur ATBFinance

François -  Bonjour à tous. Merci de m'accueillir sur ce blog de qualité. J'ai particulièrement apprécié l'interview de Marc Touati, très bien menée.

Si tu commences à êtes aussi gentil, je ne vais pas pouvoir te poser de questions vaches. Depuis combien de temps trades-tu?

J’ai commencé à « investir » dans le club d’investissement de mon école, pendant mes études à Toulouse, en 1988. Il y a donc 19 ans.

Je me souviens que mes premières lignes étaient de l’Eurotunnel. Je suivais mes positions sur Lotus !

Par la suite, j’ai géré un gros portefeuille sur les swaps de Calyon pendant cinq ans. Puis je suis parti à Londres comme sales swaps et j’y suis resté quatre ans.

De retour en France, je me suis associé avec un industriel et HEC qui a fait fortune en bourse dans le grand marché haussier des années 80 et qui cherchait à systématiser sa performance d’une fois. Il me dit toujours : « c’était l’époque où tu disais à ton courtier : achetez ce que vous voulez, mais achetez ! ». Il rajoute aussi : « j’ai fait fortune sans comprendre, je veux le refaire en comprenant ! ». Il est aujourd’hui en Belgique à la tête d’un groupe industriel.

Sur quels marchés travailles-tu?

Je gère trois portefeuilles : le premier et le plus important est un portefeuille actions que je gère dans le cadre de la société dans laquelle je suis associé : il s’agit d’une société d’ingénierie financière (pas une société de gestion donc), qui fait essentiellement de la modélisation et du Prop Trading.

Nous venons de terminer un Track Record de 5 ans « Long Only » sur actions françaises: nous avons réalisé une performance de 162% sans effet de levier contre 100% pour notre benchmark le CAC40, avec un Sharpe supérieur à 1 et supérieur à celui du CAC40, et un beta moyen de 0,75. Le portefeuille est orienté rendement (ABCA, FTE, UG, UFF,…) et cinéma/animation (BST, ECP, MIL, TMS, XIL), qui est un des mes centres d’intérêts.

Nous avons souffert de ne pouvoir engager de positions short en raison du coût élevé du courtage : ayant débuté chez un courtier, nous ne souhaitions pas changer en cours de route pour garder au Track une bonne lisibilité et le jour venu, le faire facilement auditer.

 

Le second portefeuille, ou plutôt la « position » que je gère, est une position FCE (Future CAC40) « Short Only ».

Après sept ans de recherche et de tests de nombreux modèles, nous estimons avoir fait une percée il y a un an sur la compréhension du fonctionnement global des marchés, de la dynamique des séries temporelles financières, et nous testons notre nouveau modèle de façon à ce que la société reste globalement Market Neutral. Ce second Track Record est donc plus récent (presque un an), et ne se cumule pas au précédent. Malgré un marché nettement haussier sur la période, ce Track « Short Only » (donc jamais en position acheteuse) gagne environ 70 points de FCE par contrat et par mois. Cela peut paraître peu pour un trader future, mais c’est à mettre en parallèle avec ma faible disponibilité pour des raisons diverses : je n’ai tradé que 2 jours par semaine en moyenne.

 

Le troisième portefeuille est celui de ma femme : c’est essentiellement un portefeuille de Sicav et FCP qui a pour objectif un rendement supérieur à celui de son ancien PEA qui lui rapportait 6% par an. Il ronronne avec du 9 à 10% annualisé. Je n’y touche guère que quelques fois par an.

Beaucoup de traders ou d'apprentis-traders ont l'ambition légitime de pouvoir vivre de leur trading.

Vis-tu de ton trading? Et considères-tu, avec moi, que la sous-capitalisation est un réel problème pour celui qui souhaite se lancer dans le trading?

 

Oui, et ce depuis cinq ans, malgré les aléas inhérents à cette activité. Je suis quand même assez limité par la taille du portefeuille que je gère avec mon associé (150k€). Notre société n’est pas suffisamment capitalisée pour l’instant.

Mon principal ennemi : les pannes informatiques, les problèmes de sauvegarde, les coupures de courant, la lenteur d’Internet. Le PC est le seul aléa qui me stresse vraiment.

La NASA explique d’ailleurs très sérieusement, qu’aujourd’hui, on ne pourrait plus envoyer des hommes sur la lune en raison du manque de fiabilité des ordinateurs. Imagine-ton prendre sa voiture, deux fois par jour, et qu’une fois par mois, elle tombe en panne ?

Pour le reste, les risques de marché que je prends sont calibrés de façon à ne jamais m’empêcher de dormir ou passer un mauvais weekend.

 

Le trading est une activité "dévoreuse de lien social", est-tu d'accord avec cette assertion?
Combien d'heures par semaine consacres-tu  au trading?

 

Un gros mi-temps. Comme j’enseigne aussi l’Asset Management en ESC et en MBA, cela me prend pas mal de mon temps : préparation des cours, des examens, réunions pédagogiques, etc.

Mais je trouve très sympa cette double activité : elle me met en contact avec le « monde réel » et me fait sortir de la bulle du trader.

 

 Je pense qu'il existe autant de techniques de trading que de traders.

Quel type de trader es tu? Comment te définirais-tu?

 

J’enseigne une chose à mes élèves : à la base du trading, un principe absolu : ne pas être dogmatique. Le dogmatisme est la pire chose en trading : elle entraîne la rigidité et parfois des catastrophes, comme avec LTCM en 1998 (le dogme des marchés efficients).

 

Partant de là, je ne néglige aucune approche, mais j’explique aussi à mes élèves qu’il existe une hiérarchie mouvante des techniques de trading : mouvante, parce qu’elle peut changer au cours du temps. C’est très difficile à admettre, très frustrant, car nous sommes formatés pour acquérir des connaissances qui nous servent toute notre vie, mais la hiérarchie bouge en permanence. Elle n’est valable qu’ « en moyenne » : en moyenne, la hiérarchie (inversée) que j’établis est la suivante :

-         la structure du marché par classe d’actif : un outil comme le McClellan Oscillator, même s’il n’est pas adapté au CT, reste très puissant pour le MT.

-         le Market Sentiment : les « Nobel » 2002 en économie nous ont ouvert les yeux sur la finance comportementale : aujourd’hui, on ne peut plus ignorer les outils de Market Sentiment, tels le consensus (initié versus non initié), le VIX (la volatilité), etc. Les indicateurs de Market Sentiment ont des propriétés que n’ont pas les séries temporelles financières... Pour en donner une aperçu, je publie chaque jour sur mon blog (http://fractal.blogbourse.com), le consensus des analystes techniques sur le CAC40 pour la journée. C'est édifiant: le consensus bat presque tous les analystes, quelle que soit leur école!

-         les méthodes cycliques : les marchés obéissent à une logique non-linéaire de cycles apériodiques (sans période fixe).

-         chaos, turbulences, dimension fractale, mémoire longue : la clé secrète est peut-être là. C’est même Mandelbrot qui le dit. Notre meilleur modèle utilise le lien qui existe entre les deux derniers concepts. En backtest live et en trading sur notre Track « Short Only » depuis bientôt un an.

 

Concernant les autres approches :

 

Sur Elliott, je suis ambivalent : je n’oublie pas que Prechter s’est fait remarquer en gagnant un concours de trading, mais en même temps, son Track Record de prévisions sur 15 ans, et les autres Track Records de prévisions Elliottistes laissent à désirer : Elliott serait-elle une mauvaise méthode de prévision et une bonne technique de trading ? Je crois qu’il faut un énorme investissement pour commencer à gagner sa vie grâce à Elliott. Pourquoi le faire si d’autres techniques fonctionnent mieux sans réclamer cet investissement?

 

Je n’utilise presque pas les figures chartistes : trop de subjectivité, et des taux de réussite proche du hasard (il faut voir l’excellent travail de Bulkowski sur le sujet). Je ne les regarde qu’en tant qu’objets auto-réalisateurs.

 

Pour le reste, ATD, chandeliers japonais, moyennes mobiles : toutes ces méthodes « grand public », ont été inventées pour faire vivre leurs inventeurs et perdre les petits porteurs. Mais qui ose l’admettre au grand jour aujourd’hui ?

Leur efficacité va du zéro (elles sont purement aléatoires) au négatif (elles deviennent presque un bon indicateur contrarien). On a bien fini par abandonner quasiment la bonne vieille loi Normale, alors pourquoi pas l’ « AT à papa » ?

 

Je n’utilise pas de modèle Multivarié, même si je reconnais regarder parfois les volumes, mais plutôt comme confirmation. Les modèles multivariés ne sont pas adaptés à une structure légère comme la nôtre.

 

 De la même manière que pour la technique, chaque trader voit son unité de temps de trade selon sa disponibilité, son rapport intime au temps et au stress.

Es-tu scalpeur? Day trader? ou Swinger dans l'âme?

 

Résolument swing sur le portefeuille principal actions : notre courtage est de toutes façons trop élevé pour espérer faire du Day Trading.

Pour le portefeuille FCE « Short Only », c’est du CT et TCT.

Pour le portefeuille SICAV de ma femme, c’est du MT.

 

 

 Quel est ton niveau d'études et penses-tu qu'il soit nécessaire de faire des études ou que ce soit un atout pour devenir trader?

ESC+DECF, avec spécialisation en statistiques.
On peut très bien vivre de son trading sans avoir fait d'études: un des meilleurs traders que j'ai rencontré était prof de musique: il avait un sens du ryhtme incroyable! Maintenant, pour gérer un gros portefeuille ou un fonds, on n'est pas crédible sans un bagage minimum.

 

 

Ta principale qualité en tant que trader :

 

Chaque avancée est robuste, elle est une pierre solide à mon édifice : aujourd’hui, je n’engage quasiment plus une opération sans savoir précisément pourquoi, et notamment :

-         la stratégie a-t-elle été backtestée ?

-         l’a-t-elle été correctement ?

-         fait-elle sens par rapport à ce que nous savons des marchés financiers, de leur microstructure ?

-         quel est son taux de réussite ?

-         fait-elle significativement mieux que ne ferait le hasard ?

-         si oui, à quel seuil ? 10%, 5%, 1%, moins ?

Aujourd'hui, je possède une palette de trois ou quatre stratégies très solides, et qui me font vivre régulièrement.

 

En tant que trader, j’ai fait le chemin inverse de la plupart des gens : je viens du System Trading et de la gestion modélisée ; j’ai élargi mon champ d’action à l’analyse technique, mais je suis résolument « discipliné », à mi-chemin entre discrétionnaire et systématique, gardant toujours un œil, même sur le meilleur des systèmes.

 

 

Ton principal défaut en tant que trader :

 

 Je suis relativement limité en informatique, sauf Excel et VBA. Je fais tout sur Excel : c’est ma culture londonienne : je me souviens des premiers écrans 19 pouces il y a dix ans, sur lesquels les traders géraient leur portefeuille : des milliers de lignes, des centaines de colonnes.

Par sécurité, je double toujours les systèmes brokers par des tableurs Excel. Mais tout le reste aussi est sur Excel : modèles, portefeuilles, suivi administratif des trades, etc. C’est un peu lourd, mais il faut considérer que ton portefeuille, c’est un peu une micro-entreprise.

 

 

Te fixes-tu des objectifs? Si oui lesquels? Et sur quelle périodicité?

 

Les objectifs sont fixés par les trois ou quatre méthodes les plus robustes que j’utilise. Le plus souvent, il s’agit de Swing Trading pour les actions et de TCT pour la couverture FCE.  Comme je l’ai dit, quand je rentre dans une position, je connais à l’avance l’objectif théorique. Il est déterminé par la stratégie backtestée.

 

En ce qui concerne le portefeuille, l’objectif que je me fixe est double : battre le marché tout en dégageant une performance positive et donc plutôt décorrélée au benchmark. Ce n’est pas facile avec un portefeuille « Long Only », mais j’y suis parvenu : pas évident de battre le marché sur une hausse forte et durable (5 ans). Plus facile dans une forte baisse : il suffit de ne rien faire pour battre le marché et rester positif !

 

Plus généralement, mon objectif est de monter un fonds orienté media/cinéma : je crois en la convergence des techniques des jeux vidéo et de celles de l’animation, grâce à tout ce que permet le numérique. Nous avons d’excellents acteurs sur ce segment en France, mais des sociétés trop petites et un marché atomisé. Le spread entre ce segment et le marché est à un plus bas historique et déjà des gens comme Bolloré commencent à mettre le nez à la fenêtre. Je crois qu’il y a là une belle opportunité.

Mon associé et moi, on planche sur la question et on commence un Road Show pour rencontrer des acteurs de la gestion d’actifs.

 

Je te remercie et je te souhaite un bon trading.
Par Zenitud - Publié dans : Interviews
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Lundi 10 décembre 2007 1 10 /12 /2007 09:05
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Je suis très heureux de vous présenter l'interview de Alan Farley. Je voudrais le remercier très sincèrement pour sa disponibilité.
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Q - When and how did you start trading?

Alan Farley  -  I started trading almost twenty years ago after reading all the stories about the 1987 crash. My routine back then was to go  to the library on weekends and review Value Line charts. I didn't know the difference between fundamentals and technicals, and tried to make decisions using Peter Lynch methods, i.e. success stories. That didn't work too well.

I opened early accounts at a big brokerage firm where the fees were ridiculous.  I switched over to online trading as soon as Compuserve made it available in the early 1990s. There I hooked up with a bunch of market professionnals, including Jimmy Rogers and John Bollinger, who here hanging out and chatting on the Investor's Forum.
Before trading, I was a manager in the insurance claims industry for over 20 years. They facilitated my education when the were downsizing in the early and mid 1990s. I was the boss and I had the only modem in the office, as wall as plenty of free time. So I used to watch the markets all day and trade while I was supposed to be working oon claims.

Q - All traders agree that capital management is a key factor. But there are large discrepancies between the many traders I know about the amount of risk involved. Do you use a typical risk or do you use variable risk for each kind or style of trade?

AF - I match my risk to the market. During quiet periods of lower risk, I can have 15/20 overnight positions active on one time. In bad markets, or volatile one, I just day trade and carry nothing overnight. I'm trading very small right now, until the market makes up its mind about the larger scale trends.
My day trades far exceed swing trades in quantity. I probably do 5 or 6 day trades for each swing trade. That makes sense because I'm testing the waters ans doing a lot of scalping, while I'm waiting for overnight holds to set up.

Q - The success of many traders year on year is a confirmation that the random walk theory is invalid. Despite this fact, many people think that is not possible to beat the market, and most traders lose money during the first months or years. Do you have any advice for them?

AF - Control risk, control risk, and control risk. As long as I focus on the profit side, I'm doomed because that's what the market gods want me to do. Underlying greed sucks money out of your pockets. I've also learned that it's not a fair or efficient market. It's a dirty place where powerful people are playing all sorts of cruel tricks on smaller traders. You have to see this instinctively to avoid traps. Then you can play with them, or get out the way.

Q - Could you identify whether a person will be a successful trader or not? and if you can, can you tell us what quality is essential in a successful trader?

AF - Most traders react to situations rather than being proactive. So they follow price movement around and get caught in all sorts of reversals. Also, most traders don't really want to put in the hard work required to make money over a long time period. They see the market as a quick and easy way to get rich.
I also believe many traders don't want to succeed on a subconscious level because this requires too much self-analysis and self-discipline. It sound easy in theory but is is more difficult to put it into practice every day. Just ask someone who is trying to quit smoking.
Successful traders have controlled weaknesses in other aspects of their lives before they risk money in the market. They also know how to observe, without letting their own bias influence what they're looking at. Finally, they're fearless and not afraid to lose money, because they know they'll get it back.

Q - Trading or good trading is a combination of three elements for me. Strategy and techniques, money and capital management, and the psychology and organisational ability of the trader. Which of these three elements is the most important for you, if there is one?

AF - Trader psychology is way overrated after you've been trading for a number of years. At that point in the learning curve, pure performance is the only issue and psychological analysis is just a crutch.
Going back to what I said earlier, controlling risk is the single most important aspect of successful trading. That falls under the category of money management.

Q - Do you have any words of wisdom to share with those who desire to trade for a living and who are just getting started?

AF - It can takes5 years or longer to figure out the markets and have a plan to take advantage of price movement. If you're committed, stay in the game until it all makes sense. But lower your share commitment until you have a track record that tell you its Okay to risk high levels of capital.

Q - Do you remember a particular experience that increased your trading skill?

AF - I took my worst drawdown in three years in 2006. My focus now is on avoiding those periods by shortening my time frame, and taking a hit and run approach with most trades. I've also increased my size and overall exposure to the highest in my history because my results tell me its foolish to trade smaller.

Q - In my experience, traders who enjoy success in trading, are working more and more simply. Trading is for me the art ok keeping simple a world of complexity! Do you agree with this statement?

AF - Absolutely. I've stopped looking for new technical indicators and just rely on the patterns, a few moving averages, a few moving averages and Stochastics. They tell me just about everything I need to know about trade entry and exit.

Q - Do you have any words for the French reader of this website?

AF - I've been to France three times in the last three years, conducting seminars and speaking to traders.  I absolutely love the place and the people. French traders are extremely focused and knowledgeable about their craft. They're also far less cynical about their market obsession than amrican traders. I find that extremely refreshing.

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Interview réalisé par échanges de mails durant le mois de novembre

Bon trading à tous.

Mise en ligne de la traduction rapidement.

ZenT





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